Archives 1er semestre 2013

Michel Mazzoni, Drift
Anyspace, Bruxelles (Belgique)

26.01 - 02.03.2013


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Texte de Valery Poulet / 2013


Pour son exposition, à la galerie Anyspace, Michel Mazzoni présente un choix de photographies issues de ses dernières séries en cours.


L’un des fondements qui traverse le travail de Michel Mazzoni : troubler le rapport au temps, et présenter des images qui nous transportent dans un voyage atemporel. Son univers est fait de lieux communs qu’il transfigure en fausses architectures du futur. Cela peut nous faire penser aux ambiances cinématographiques de Tarkovski, d’Antonioni, de David Lynch, aux nouvelles de Ballard, pour ne citer qu’eux. D’ailleurs, l’exposition Drift lance les pistes d’une certaine narrativité, d’une forme fictionnelle.


Exposition du 26 janvier au 2 mars 2013. anyspace, 59 rue Van Eyck straat - 1050 Bruxelles (Belgique) – T. +32 471 88 26 17. Ouverture du mardi au samedi de 14h à 18h et sur rendez-vous.




Michel Mazzoni, Drift, Anyspace, Bruxelles

© ArtCatalyse International / Marika Prévosto 2013. Tous droits réservés

L’aspect sériel avec les photographies de la série « Indices » s’agence comme une enquête, une investigation, une recherche, un road-movie, qui laisse place à l’imaginaire. Ces indices proches de l’infra-mince marquent des espaces, souvent familiers, anodins. Strates, cicatrices, viennent ponctuer une dérive dans des lieux contaminés par l’entropie.


Michel Mazzoni se livre à un trouble jeu, et nous engage aussi à revoir cette affirmation du « ça a été » indiciel Barthésien. L’indice implique un rapport de contiguïté avec la réalité extérieure : « il n’y a pas de fumée sans feu », la fumée est l’indice du feu. Pour Barthes, le « ça a été » implique donc que dans le processus photographique, le « çà » est une chose qui a été là de façon irréfutable, car finalement par le processus d’enregistrement, l’indice est bien réel. Michel Mazzoni, amorce un retour vers le futur où les indices ne sont que de l’ordre du fictionnel. Le « çà » n’est pas toujours là où l’on s’y attend.


De grandes ou de petites dimensions, les photographies de Michel Mazzoni interrogent donc le sens du regard et de la perception. Il poursuit ici cette quête d’images d’un temps « autre », une accumulation de temporalités ayant modelé la matière et les densités. La photographie peut être considérée comme une écriture de la lumière, elle n’est pas issue de la « mimésis » à l’instar de la peinture. Cette inscription, cette trace de la lumière revêt chez Michel Mazzoni, une importance primordiale par un traitement singulier des images. Ce travail de lumière n’est pas formel, mais participe à la mise en valeur de ces densités et de ces matières, participe à cette temporalité comme dans les images Anabase ou Weightlessness II. Le « ça a été » de Barthes est mis ici en perspective avec une double temporalité : celle du principe mécanique d’enregistrement, de son mode opératoire et celle d’un temps réellement suspendu. Le spectateur est alors confronté à une situation aporétique entre la fixation du temps et son écoulement, entre réel et fiction.


Les photographies de Michel Mazzoni deviennent la psyché de notre propre entropie.