Archives 1er semestre 2015

Serse, L’expérience du paysage

Galleria Continua, San Gimignano, SI (Italie)

02.05 - 05.09.2015

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Traduction du communiqué de presse


La Galleria Continua présente une nouvelle exposition personnelle de Serse, l’une des figures les plus intéressantes de la sphère artistique italienne. Intitulée L’expérience du paysage, l’exposition conçue par l’artiste pour San Gimignano rassemble un nouvel ensemble de dessins de la série A fior d’acqua et quelques œuvres produites les années précédentes. Elle constitue un prolongement idéal de la grande exposition monographique consacrée à l’artiste, organisée par Lóránd Hegyi et visible actuellement au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole.





























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Exposition du 2 mai au 5 septembre 2015. Galleria Continua, Via del Castello 11 - 53037 San Gimignano - SI (Italie). Ouverture du lundi au samedi de 10h à 13h et de 14h à 19h et sur rendez-vous. Fermé les jours fériés.











 





 











Depuis plus de 20 ans, en renonçant à la couleur, Serse a poursuivi de façon cohérente un suivi de recherche basée sur une pratique patiente et primaire du dessin au graphite. Comme le précise l’artiste: « Le graphite est le medium qui me permet de souligner le geste tautologique du dessin et de produire un travail qui ne peut mentir sur sa nature de dessin pur. Tel est le contexte dans laquelle la structure physique de l’œuvre doit être inscrite: sans épaisseur, sans cadre, sans verre de protection. Il décrit juste ce qui se présente. C’est la fenêtre ouverte sur le monde. »


Comme le souligne Costantino D’Orazio dans un récent essai critique, Serse part de la réalité et, à travers le dessin, médite sur la nature du regard et de la représentation Il crée des formes qui ne restent pas confinées dans le périmètre de la feuille de papier, et évoquent une dimension beaucoup plus large, une véritable philosophie: « Grâce au geste constant de Serse, le papier devient presque transparent et réceptif à la lumière, qui le traverse avec une bienveillante élégance. Bien que le papier photographique absorbe la lumière et emprisonne la réalité sur sa surface opaque, les œuvres de Serse font l’inverse. Après son intervention, le papier perd sa consistance et devient liquide, quand il s’agit d’eau, doux pour les nuages, ou un souffle pur. »

L’œuvre en graphite de Serse a suscité l’une des plus intenses relectures du thème du paysage dans l’art contemporain: les mers, ciels nuageux, hautes montagnes, forêts enneigées, espaces naturels sans trace de présence humaine, transfigurés par la lumière et l’ombre. Presque comme s’il était possible de comprendre, à travers la matérialité concrète du graphite, le noyau minéral de la terre, les transformations qui ont lieu sur une échelle temporelle non-humaine. Ses paysages sont des visions suspendues dans le temps, muettes. Serre narre tous les aspects de la nature; le dessin est analytique, détaillé, précisé à la limite la plus extrême de la représentativité, dans la mesure où il attend l’extrême opposé, devenant ainsi impraticable et paradoxalement irréel. Serse parvient ainsi à dépasser la donnée objective; le sujet, dénué de tout dynamisme, coupé du contexte, est projeté dans une « autre » dimension.

Les paysages de Serse sont des paysages de l’âme, idéalement dessinés les yeux fermés. L’artiste se tourne vers le sublime dans la nature en manifeste contre la densité actuelle incontrôlée des images, demeurant un artiste de l’ancienne contemporanéité. « Le point de vue que je recherche, explique Serse, est fondé sur la pratique de se plonger dans nos propres profondeurs; une perspective qui nous met en contact avec une nouvelle réalité, totalement qualitative, exclusive (Bergson), qui échappe à la quantification du nombre et de la mesure. C’est la réalité exprimée par le sublime de la nature, par la démesure qui la caractérise et nous traverse, imprimant en nous les signes indélébiles de son immensité. C’est l’énorme puissance qui ne s’adresse pas à l’œil ouvert, mais fermé. Je ressentais un étourdissement en effaçant la perspective avec le geste métaphorique d’’arracher les paupières’, ou ‘Renverser ses propres yeux’ (G. Penone, 1970), pour embrasser la vision du monde dans son extension maximale.  

Serse, L’expérience du paysage, Galleria Continua, San Gimignano

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