Kader Attia, Essentiel, Galleria Continua, San Gimignano

Kader Attia, Essentiel
Galleria Continua, San Gimignano (Italie)
11.02 - 31.03.2012































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Traduction du communiqué de presse


La Galleria Continua présente une nouvelle exposition monographique de Kader Attia. Elle présente un ensemble d’oeuvres récentes de l’artiste, pour beaucoup inédites en Italie.


Artiste français d’origine algérienne, Kader Attia s’est construit rapidement et avec force une réputation sur la scène artistique internationale. Prenant comme origine de son oeuvre la pluralité de son héritage culturel, l’artiste aborde des thèmes concernant les relations est-ouest, se référant principalement aux événements historiques complexes associés au colonialisme et à ses conséquences. Il explore le concept de la diversité, autant culturelle et religieuse, sexuelle ou socio-politique. Ses oeuvres, qui utilisent souvent un langage symbolique et une esthétique minimaliste, expriment les tensions, les traumatismes et les anxiétés de notre vie quotidienne.


« Entre le moment où un esprit imagine quelque chose, il espère sa réalisation et, au moment où cela se produit, apparaît un vide temporel, un espace. » Il s’agit du même espace infinitésimal identifié par Michel Foucault entre l’élaboration d’une pensée et le moment où elle est exprimée verbalement. Telle est la pensée de Kader Attia conduisant à l’oeuvre Mimetisme (2011). Une feuille de plomb est placée sur un socle. Le plomb est un matériau ductile, qui peut être manipulé de diverses manières sans jamais se rompre. Le visiteur a toute liberté de donner à cette feuille de plomb une une apparence sculpturale, exprimant à travers cette action la volonté créative résidant en chacun de nous. Mimetisme est conçu comme une sculpture sans fin matérialisant les pensées, les émotions et les fantasmes du visiteur.


Le plein et le vide constituant la tension formelle entre présence et absence et la distance métaphysique entre l’artiste, l’oeuvre et le spectateur constituent les préoccupations principales de Kader Attia dans son oeuvre. L’artiste est fasciné par ce qui intervient dans l’espace physique et temporel entre deux éléments. Son travail se concentre sur l’expérience plus que sur le résultat, sur le rendu visible de ce qui se cache derrière ce qui est présenté. To resist is to remain invisible est écrit, blanc sur blanc, imperceptible au premier regard, sur l’un des murs de la galerie. Kader Attia envisage ce travail comme assumant une valeur universelle qui peut être réalisée partout dans le monde et traduite dans la langue utilisée dans le contexte géographique et par la personne qui l’inscrit. L’artiste en fait une affirmation qui semble en contradiction avec les événements du Printemps Arabe, mais pas pour l’artiste qui considère la résistance comme une pratique quotidienne, plus naturelle qu’un acte culturel.


Un geste évanescent, éphémère, est également présenté avec Révolution. De l’expérience réalisée par Kader Attia avec de l’eau sur une grande feuille de papier ne subsiste que le froissement léger produit par l’eau en évaporation, et une vidéo de la performance.





































Exposition du 11 février au 31 mars 2012. Galleria Continua, Via del Castello 11 - San Gimignano (Italie). Tél.: +39 (0)5 77 94 31 34. Ouverture du mardi au samedi de 14h à 19h.


































© ArtCatalyse International / Marika Prévosto 2012. Tous droits réservés

Nombre d’oeuvres de Kader Attia reviennent sur le thème des frontières, barrières géographiques, physiques et sociales. Untitled (Concrete blocks) est une installation monumentale réalisée avec un ensemble de blocs de béton disposés en spirale. Jusqu’à ses 16 ans, l’artiste a passé ses vacances d’été à Bab el Oued, l’une des banlieues les plus pauvres d’Alger. A proximité se trouve une digue baptisée Roches carrées. La plage face à la mer, qui constituait une voie pour les personnes tentant désespérément de quitter la misère du pays en nageant vers un navire en partance pour Marseille ou l’Espagne, a été entièrement cimentée dans les années 1970 et devenue une sorte de digue construite avec de gros blocs de béton. Depuis, l’accès à la mer est devenu difficile et dangereux, le Roches Carré ne venant pas créer une frontière à part entière, mais surtout un passage infranchissable.


« Cette plage constitue la frontière séparant ces personnes du continent, mais bien plus de leurs rêves d’une vie meilleure. Cette construction massive et étrange les emprisonne dans une réalité cruelle, comme dans les bidonvilles français où de nombreux immigrants ont abouti. En me souvenant, continue Kader Attia, je trouve ironique qu’ayant grandi dans les barres de béton de la banlieue parisienne, j’ai souvent passé mes vacances d’été en jouant sur les rochers de cette plage, également construits en béton. » Kader Attia


Est également présentée dans l’exposition Inspiration / Conversion, installation vidéo où deux écrans diffusent l’image de deux profils se faisant face, plongés dans une bouteille vide. On retrouve ici l’idée du vide, mais aussi d’un objet usuel récupéré, qui dans cette action devient autre chose : une sculpture, un tronc, un prolongement du corps, un organe sexuel. Comme l’indique l’artiste, « nous devons redécouvrir nos mouvements vitaux, normaux, jouissifs : un cri, un souffle, un mouvement, nous réapproprier des gestes naturels. Cette réappropriation peut se faire à travers la nouvelle compréhension et interprétation des objets de notre vie quotidienne, comme cela a toujours été. Recycler des objets en matière plastique, comme les bouteilles d’eau, camoufle le grand problème de l’eau elle-même. Il s’agit de l’invention d’un code moral pour la protection de notre existence, séparé de l’environnement dans lequel nous vivons. »


Archives 1er semestre 2012