Archives 2ème semestre 2014

Sam Falls

Galerie Eva Presenhuber, Zürich (Suisse)

30.08 - 25.10.2014

Précédent Suivant

English



Traduction du communiqué de presse E-Flux


La galerie Eva Presenhuber présente la deuxième exposition personnelle de Sam Falls, artiste installé à Los Angeles avec un nouveau corpus d’œuvres de sa série Fern and Palm Paintings.










© ArtCatalyse International / Marika Prévosto 2014. Tous droits réservés

Triennale de Folkestone 2014, Espace public de Folkestone

« Ces œuvres de pluie et de plantes sont issues de mon intérêt permanent pour la dualité entre figuration et abstraction, tout en employant des moyens universels pour combler la distance entre l’artiste et le spectateur ainsi que celle entre photographie, peinture et sculpture. À une époque où la reproduction mécanique et la technologie pèsent constamment sur l’art visuel, je tiens à utiliser des éléments naturels comme des outils constructifs, non en opposition, mais plutôt comme un mouvement alternatif aux systèmes aliénants de production que la technologie continue d’offrir avec l’art. Ce que je veux dire, c’est que la caméra et la chambre noire, ou l’ordinateur et l’imprimante, lorsqu’ils sont utilisés comme des outils dans le domaine artistique, peuvent créer une distance importante entre la production et la réception qui perd à la fois une intégrité conceptuelle et une réception lisible. Comme je me déplace autour de la toile en extérieur, le spectateur se déplace sous la pluie pour travailler, conduit vers sa maison pour dîner sous la pluie, et éventuellement entre dans la galerie sous la pluie.


J’ai pris des plantes comme l’élément commun à ces œuvres, non seulement pour leur héritage dans l’histoire de l’art, mais aussi pour leur référence à un lieu. Les œuvres montrées ici ont été réalisées depuis l’ouest vers l’est, depuis des feuilles de palmier de mon jardin à Venice, en Californie, jusqu’aux fougères abondantes bordant la prairie de foin de ma mère dans le Vermont où j’ai grandi et aux arbres des jardins de Sarvisalo en Finlande, où j’ai effectué une résidence récemment. Au-delà de la végétation native délimitant un territoire géographique, ces « tableaux » représentent la durée et l’environnement, visibles dans les fortes pluies éparses en Californie du Sud, dans la lumière de la brume de printemps du Vermont, dans la pluie constante de l’archipel scandinave. La figuration et l’abstraction sont les éléments fondamentaux de l’histoire de l’art occidental et de l’art contemporain, respectivement, et l’objectif conceptuel de ces travaux est d’examiner la pertinence actuelle de ces deux formes dans une œuvre. Les œuvres sont essentiellement des peintures de paysage, où il y a une discrète image de plante, ainsi qu’une pure abstraction unique de la précipitation qui l’a créée. Comme un photogramme, l’image est un négatif de l’objet réel et, comme une icône, le sujet dépasse son image pour faire référence à un monde en dehors de la peinture. Et, comme les peintures de Pollock ou de Frankenthaler, l’image est réalisée à plat, mais maintenant sur le sol en extérieur par la main de la nature plutôt que par la main de l’artiste. Et ce que je pense est d’actualité aujourd’hui, une image qui parle d’un lieu empirique en dehors du cadre, et une abstraction pure qui renvoie le spectateur à ses propres références et à la compréhension du procédé, et non le fantôme de l’artiste dans son atelier avec des impulsions et méthodes idiosyncratiques. En outre, les couleurs fonctionnent comme un agent descriptif sériel, elles sont choisies au hasard et utilisées seulement comme un outil d’illustration - leurs mélanges et combinaisons chromatiques en vertu du matériel et de la démarche, et non des décisions créatives ou émotionnelles.


Comme l’a dit Sol Lewitt, « Quand un artiste utilise une forme conceptuelle de l’art, cela signifie que toute la planification et les décisions sont prises à l’avance et que l’exécution est une affaire purement formelle. » (Sol Lewitt, Paragraphs on Conceptual Art). Les feuilles de palmier ont été récoltées dans les différentes espèces de palmier de mon jardin à Venice et placées sur une toile brute, découpée pour s’adapter à leurs dimensions, puis un pigment sec a été dispersé sur toutes les pièces et abandonné à la pluie. S’il y a une courte averse, la toile est fortement marquée, et lors d’une longue tempête le pigment s’imprègne vraiment et s’étend. Lors du séchage, parfois l’eau d’une feuille de palmier en surplomb va s’écouler et former une large tache, ou un chat de gouttière va peut-être marcher sur la peinture, décrivant davantage les environs.


Les fougères ont été collectées de nuit sur une large bande de terre et une toile nue assez grande pour couvrir cet espace a été prévue, où les fougères ont été dispersées in situ. Avec le pigment sec de nouveau dispersé sur l’installation, elles ont été fixées par la rosée du jour le lendemain, récupérées et stockées dans une grange pour sécher avant l’arrivée des orages l’après-midi. En raison de la légèreté des fougères, j’ai choisi la brume plutôt que la pluie pour inonder la toile et laver les fougères et leur apparence. Le soleil provoque le flétrissement des fougères coupées, il fallait donc choisir la nuit. Les œuvres sont calmes et sereines comparées aux fortes pluies de Los Angeles et de la ville.

Enfin, quand je suis arrivé en résidence en Finlande au début du mois de juin, les pommiers étaient en pleine floraison et quand j’ai regardé tomber les pétales des arbres à fleur, j’ai réalisé que c’était un moment et un lieu unique. J’ai étendu des toiles sous les arbres et les ai solidarisées à la terre - elles ont recueilli les pétales tombés, puis lorsque les arbres se sont dénudés j’ai opéré comme expliqué précédemment. Donc cette fois, non seulement la composition chromatique était due au hasard, mais la composition de l’œuvre a été son propre fait, tout à fait naturel.

L’ampleur de ces œuvres est à l’échelle de l’environnement, elles ont habité l’extérieur avant l’intérieur. Influencées tant par l’a dimension traditionnelle de l’atelier et les œuvres gigantesques du Land Art, elles se trouvent quelque part entre les deux. L’essence relationnelle du projet s’inscrit également entre ces histoires, où l’atelier pourrait être l’équivalent de la location d’un appartement privé et le Land Art l’édification affirmée d’un bâtiment public. Ces œuvres ne laissent pas de trace, prélevées dans la nature avec seulement ce que vous pouvez transporter, passant du temps en solitaire et en interaction avec un espace partagé, puis faisant disparaître tout ce que vous avez apporté, parallèlement à une connexion enrichie à l’œuvre. La traduction idéale de cette démarche est qu’elle imite l’interaction du spectateur avec l’œuvre dans la galerie. Je peux sincèrement dire que ces œuvres ne sont pas gérées comme un testament conceptuel des outils de la nature contre la technologie, mais comme la valeur de notre expérience échangée avec le monde dans lequel nous vivons. » Sam Falls


Exposition du 30 août au 25 octobre 2014. Galerie Eva Presenhuber, Maag Areal, Zahnradstr. 21 - Zürich (Suisse). Tel.: +41 (0)43 444 70 60.