Archives 2ème semestre 2014

Rui Moreira, I am a lost giant in a burned forest

Mudam Luxembourg (Luxembourg)

08.11.2014 - 08.02.2015

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Communiqué de presse


Les oeuvres de l’artiste portugais Rui Moreira reflètent un univers très personnel. Les dessins de grand voire très grand format sont souvent réalisés au cours d’un travail méticuleux et quasi méditatif s’écoulant sur plusieurs mois. Qu’ils représentent des figures ou relèvent de l’abstraction, ces dessins sont toujours l’expression du monde intérieur de l’artiste. Ils sont inspirés par ses expériences vécues au cours de voyages, de son contact intime avec des cultures ou religions éloignées, et parfois entrent en résonance avec la littérature, la musique et le cinéma.
















© ArtCatalyse International / Marika Prévosto 2014. Tous droits réservés

Jung Yeondoo, Juste comme la route autour de la terre, Mito Arts Foundation, Ibaraki

Exposition du 8 novembre 2014 au 8 février 2015. Mudam Luxembourg, 3, Park Dräi Eechelen, L-1499 Luxembourg-Kirchberg (Luxembourg). Tél.: +35 2 45 37 85 1.



 











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Jung Yeondoo, Adolescence #16, 2011. C-print.


Le dessin représente pour Rui Moreira un engagement total et intense dans lequel il lui est nécessaire de s’impliquer corps et âme. Les voyages sont alors non seulement sa source d’inspiration première, mais plus encore, l’atmosphère particulière se dégageant de leurs circonstances extérieures trouve écho dans ses oeuvres. Le travail quasiment ininterrompu, solitaire et à des températures extrêmes durant des jours entiers, lors de son séjour à la lisière aride du désert dans le sud du Maroc, constitue une expérience tout aussi marquante que son voyage en Inde qui le mena non seulement aux lieux saints bouddhistes et hindous, mais lui permit aussi de s’immerger dans l’art des mandalas tibétains dans un monastère à Dharamsala. Un séjour dans la région montagneuse du Nord-Est portugais, qui le ramena aux lieux de son enfance, lui fit découvrir en même temps le carnaval local et les « Caretos », les porteurs de masques, dont la tradition remonte à un culte de la fécondité de plus de 3 000 ans. Les expériences de Rui Moreira issues de sa propre participation à ce culte ont directement rejailli dans ses dessins : « Je considère le travail sur le terrain comme un aspect essentiel de ma pratique. L’intensité de l’expérience donne plus de profondeur au dessin. J’aime dessiner de l’intérieur. »


Les oeuvres de Rui Moreira peuvent être subdivisées, sans séparation stricte, entre motifs figuratifs, paysagers et abstraits. À l’instar du poème éponyme du portugais Herberto Hélder A Máquina de Emaranhar Paisagens qui a inspiré à Rui Moreira une série de constellations géométriques et abstraites, ses dessins sont des « machines à mélanger les paysages ».


D’une façon générale, l’artiste porte en effet une attention particulière aux titres de ses oeuvres. Ils sont choisis avec soin et établissent des liens qui viennent nourrir les associations formelles et les références thématiques. Les silhouettes évoquant à la fois les Touaregs et les « Caretos » donnent aux dessins une teneur narrative, voire même mythique. Sans jamais être dans l’illustration, leurs titres font soit allusion à la littérature (I’m a Lost Giant in a Burnt Forest est une phrase extraite du roman 2666 de l’auteur chilien Robert Bolaño en référence à un moment vécu par l’artiste...), soit au cinéma (cette dernière oeuvre a par ailleurs comme autre source d’inspiration le film Fitzcarraldo de Werner Herzog, tandis que The Man of the Log est à voir en relation avec la série Twin Peaks de David Lynch...). Les sujets d’actualité politique sont également présents, comme par exemple le référendum portugais de 2007 sur l’avortement dans l’oeuvre Our Lady of Abortion. Les dessins et motifs paysagers sont ainsi l’enregistrement graphique de l’expérience physique d’un lieu, un all-over à la limite de l’abstraction. Rui Moreira associe ses dessins également à la musique, comme par exemple à l’oeuvre chorale Morgen de György Ligeti, aux oeuvres de Karlheinz Stockhausen ou encore à la chanson O Segundo Sol de la chanteuse brésilienne Cássia Eller.


D’une grande complexité de forme et de contenu, le travail de Rui Moreira offre ainsi au spectateur une multitude de points de départ intellectuels lui permettant de parcourir ses propres paysages mentaux. Rui Moreira est né à Porto en 1971. Il vit et travaille à Lisbonne.


Commissaire d’exposition : Clément Minighetti